Biographie - Léa du Cos de Saint Barthèlemy
Biographie

 

Photographie Patrice Forsans

       Pour faire simple, je suis née en 1990 à Paris puis j'ai grandi en Franche Comté avant de m'installer en mars dernier à Dijon.
J'ai suivi une formation en psychologie à l'université de Besançon avant d'y mettre fin en 2011 pour me consacrer uniquement à la photographie.
Je constate cela étant que mon prisme de lecture de mon travail est nourri des connaissances acquises lors de mes études.

Ce que je vous montre c'est la petite marche en avant de mon travail, travail pourtant qui me conduit si souvent à me retourner pour éclairer sous un jour nouveau les bribes de mon histoire personnelle.

       Comprendre que le non-dit s'infiltre partout et qu'il transpire dans chaque geste, qu'il rattrape ceux qui n'en sont que les héritiers, et que quel que soit le côté vers lequel je me retourne, les similitudes entre les histoires du côté paternel ou maternel ont lié ces deux êtres pendant un temps. Que c'est par mon travail que j'ai pu entrouvrir les portes de mon passé, histoire complexe de drame et de honte, d'exil et de perte.
Plusieurs fois, des retours sur ma création photographique me renvoyaient à un lien à la guerre, l'exil, la nécessité de se cacher derrière des fenêtres. Ces retours ne m'avaient pas semblé pertinents, jusqu'à ce que ma grand mère du côté de mon père soit troublée par la découverte de mon travail et notamment des noms donnés aux séries. La série nommée « les incomplets » était la traduction exacte du titre d'un des rares livres qui décrit l'exil des Sudètes à la fin de la guerre et ce qu'on a appelé ensuite «  la marche de la mort ». Une marche de plusieurs centaines de kilomètre qu'ont parcouru entre 12 et 14 millions de personnes entre 1946 et 1948 et à laquelle a participé ma grand mère, alors âgée de 6 ans avec sa famille. Près de 2 millions de personnes venant des Sudètes ont péri à cette période mais pourtant je n'avais jamais entendu parlé de cette histoire auparavant. Il avait fallu que ma grand mère voit mon travail pour qu'elle me parle finalement de son histoire. Jusqu'à lors je n'avais comme éléments que des phrases attrapées lors de conversation (« ta grand mère a du manger de l'herbe pour survivre » ou « il faisait tellement froid que l'eau gelait dans les casseroles »). Pour elle, les souvenirs qu'elle avait tus semblaient ressortir dans mes images. Elle y a trouvé je crois les maisons que l'on laisse, celles qui restent portes closes, le sentiment pesant de la nécessité de partir, la difficulté à se faire accepter par l'Allemagne qui les a accueillis, les dos courbés par trop de drame, et en même temps ces groupes d'oiseaux qui s'envolent avec le paradoxe d'y voir autant une menace qu'un ailleurs possible.
Quand on part de chez soi, qu'y laisse t on de nous ? Quand les tabous ne nous laissent pas le droit de pleurer notre vie, peut on un jour la dire quand même ? Transmettre au plus juste ce qui nous constitue ? Et la photo qui vient pointer chez moi le manque de mots posés, les douleurs qui font taire ceux qui auraient pu dire. L'image se dévoile alors comme outil de révélation à soi et aux autres, et ma grand mère qui pour la première fois évoque son enfance et les drames qui la parcours en regardant mon travail, offrait enfin la cohérence interne que je cherchais concernant ma création.
       Dernièrement l'apprentissage de la devise familial est venu appuyer mes réflexions, donnant un ancrage aux non dits, presque une fatalité familiale «  Voir entendre et se taire ». En en faisant le titre de mon expo j'ai voulu asseoir les liens successifs entre ma création photographique et des problématiques transgénérationnelles.

        Il y a pour moi  une justesse à ne pas rendre les choses lisibles immédiatement. Et ce rapport à l'image se retrouve dans les photographies nées à la suite de la série Nuits, celles des oiseaux, où par les mêmes rendez vous, s'est construite un mythologie personnelle, l'album de famille se remplissait peu à peu de ce qui lui faisait défaut. Enfin, il y a ces lieux observés de nuits où se mêlent je crois la sensation du manque, presque l'image de maison abandonnées et en même temps où chaque lumière nous rappelle que ces maisons sont habités par d'autres que nous et que ce qui s'y vit nous échappe.
Il y a chaque fois une forme d'ambiguité je crois dans ce rapport à la nuit où l'on va se perdre comme s'y retrouver.  

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